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Chargeurs nomades : les trois familles et ce qu'elles savent faire

Trois boîtiers de recharge mode 2 posés côte à côte au sol dans un garage, câbles type 2 enroulés et embout CEE rouge

Huit ampères. C'est tout ce qu'un cordon de recharge a le droit de tirer d'une prise de salon en France, et ce n'est pas une précaution de fabricant : l'article 3 du décret du 12 janvier 2017 fixe ce plafond pour toute recharge sur une prise de type E ordinaire. Huit ampères sous 230 volts donnent 1,8 kW, soit une dizaine de kilomètres d'autonomie récupérés par heure de branchement.

Tout ce qui se vend sous le nom de chargeur nomade tourne autour de ce chiffre : le dépasser, ou non. Trois familles d'appareils y répondent chacune à leur façon, et il y a un rapport de un à sept entre le prix de la première et celui de la troisième.

Le critère qui décide : qui autorise à dépasser huit ampères

Le même article laisse une porte ouverte, dans la phrase qui suit : l'intensité est limitée à 8 A « ou à la valeur déclarée lors de l'utilisation de produits spécifiques dédiés à la recharge des véhicules électriques ». Au-delà de 8 A, il faut donc que quelqu'un ait déclaré que la prise et le cordon tiennent la charge ensemble. Pas l'un ou l'autre : les deux.

Les trois familles se séparent là-dessus, et rien d'autre ne tranche aussi net. Le boîtier livré avec la voiture ne dépasse jamais, il est bridé en usine. Le chargeur réglable dépasse dès qu'on tourne le bouton, sans que personne d'autre ait rien vérifié. Le chargeur à embouts dépasse quand son embout lui a dit sur quoi il est branché, et il surveille la température du contact pendant toute la charge.

Le reste se compare après : longueur du câble, indice d'étanchéité, écran, pilotage par application. Ces différences-là ne changent pas ce que l'appareil a le droit de faire.

FamilleCe qui fixe l'intensitéPuissance maximaleBudget
Boîtier d'originebridé en usine, 8 ou 10 A1,8 à 2,3 kWfourni, 150 à 300 € en pièce détachée
Chargeur réglablel'utilisateur, par paliers de 6 à 32 A3,7 kW en 16 A, 7,4 kW en 32 A100 à 400 €
Chargeur à emboutsl'embout monté, plus un capteur de températurejusqu'à 22 kW sur CEE 32 A triphasée650 à 1 400 € selon les adaptateurs

Le boîtier d'origine plafonne à 1,8 kW et ne le cache pas

Les constructeurs l'appellent câble de recharge occasionnel, et le mot compte. Mercedes catalogue le sien en deux versions, 8 A et 10 A, cinq ou huit mètres de câble. Renault, Peugeot, Hyundai livrent l'équivalent. Un gros boîtier au milieu du cordon, l'ICCB, surveille la charge, coupe au moindre défaut d'isolement et fixe une bonne fois pour toutes l'intensité que la voiture pourra demander.

Ce boîtier est le seul des trois à ne poser aucune question. Pas de bouton, donc pas de mauvais réglage possible, et il se branche partout où il y a une prise sans rien exiger de l'installation. L'argument est réel : il explique pourquoi ce cordon reste dans le coffre même chez ceux qui possèdent mieux.

Sa limite se lit en heures. Une batterie de 60 kWh remontée de 20 à 80 % réclame 36 kWh, soit vingt heures de branchement à 1,8 kW. Deux nuits pleines. Personne ne recharge durablement à ce rythme, et ce que le constructeur met dans le coffre ne dispense donc jamais d'un vrai point de charge.

Le chargeur réglable ouvre à 16 A, et déplace la responsabilité

C'est la famille la plus vendue. Un boîtier avec un écran, des paliers d'intensité, 6, 8, 10, 13, 16 A pour les modèles monophasés, jusqu'à 32 A pour les plus gros, un indice IP65 ou IP66, une centaine d'euros pour les premiers prix, trois à quatre fois plus chez les fabricants français. Sur le papier, il fait le double du boîtier d'origine.

Il y a un piège, et il porte sur le mot « autorisé ». La prise renforcée Green'up de Legrand délivre 14 A, soit 3,2 kW, mais elle ne les délivre qu'à un cordon compatible : un aimant logé dans la prise est lu par le cordon, qui alors seulement se déverrouille. Sans cet accord entre les deux pièces, la charge retombe à la valeur d'une prise ordinaire. Le décret n'appelle rien d'autre une déclaration.

Un chargeur réglable générique ne lit aucun aimant. Placé sur 16 A, il tire 16 A, que la prise en face soit une Green'up, une prise de garage posée en 2003 ou une prise de chambre au bout d'une dérivation en 1,5 mm². Rien ne vérifie que le socle, le fil et le bornier derrière encaissent ce courant pendant huit heures d'affilée. Une prise domestique est donnée pour 16 A en usage intermittent, pas à plein régime toute la nuit. C'est cette différence-là qui fait chauffer les contacts.

Le réglage devient une bonne chose dès qu'on s'en sert pour descendre. Sur une prise de camping, sur une installation rurale ancienne, sur un compteur partagé, passer de 16 à 10 A est ce qui fait tenir la charge au lieu de faire sauter le disjoncteur au bout d'une heure. Laissé bas par défaut et monté seulement sur une prise dont on connaît le circuit, l'appareil est cohérent. Poussé au maximum par habitude, il travaille contre son propriétaire.

Le chargeur à embouts sait sur quoi il est branché

Troisième famille, et la seule qui change de nature. Le Juice Booster 2 et le NRGkick, les deux références du genre, se terminent non pas par une fiche mais par un embout interchangeable : prise domestique, CEE 16 A monophasée, CEE 32 A monophasée, CEE 16 ou 32 A triphasée, parfois type 2 pour se brancher sur une borne publique. Le boîtier reconnaît l'embout monté et fixe lui-même l'intensité maximale correspondante.

La surveillance thermique descend avec lui jusque dans la prise. L'embout domestique du Juice Booster 2 embarque deux capteurs de température qui interrompent la charge quand le contact chauffe. Le NRGkick mesure sur chaque broche et réduit le courant tout seul plutôt que de couper. Ces appareils mesurent donc ce que les deux autres familles demandent à leur utilisateur d'estimer, et ils le mesurent à l'endroit exact où la chaleur apparaît.

Le gain de puissance suit. Sur une CEE 32 A triphasée, celle des ateliers, des exploitations agricoles et de beaucoup de campings, ces boîtiers montent à 22 kW, la puissance d'une wallbox murale. Avec la même réserve : c'est le chargeur embarqué de la voiture qui plafonne au bout du compte, et la plupart s'arrêtent à 11 kW en triphasé.

Le tarif n'a plus rien à voir. Comptez 650 à 900 € pour un NRGkick en version courte, 1 000 à 1 400 € pour un Juice Booster 2 avec ses adaptateurs, chaque embout supplémentaire se facturant séparément. À ce niveau, la comparaison ne se fait plus avec les deux autres familles mais avec une borne murale posée, et deux choses penchent du mauvais côté : le poids qui pend au bout de la prise, et l'absence d'aides. La prime Advenir et la TVA réduite visent une installation fixe ; un appareil qu'on emporte n'en relève pas.

Ce que chaque famille fait mieux que les deux autres

Personne ne dispute au boîtier d'origine son seul avantage : il ne peut pas être mal réglé. Sans bouton, aucune façon de demander à une vieille prise plus qu'elle ne donne. Pour un conducteur qui ne veut rien savoir de son installation électrique, c'est la seule option honnête.

Le chargeur réglable, lui, se défend sur ce qu'il évite de dépenser ailleurs. À 150 ou 200 €, il rend une charge décente à qui vient de faire poser une prise renforcée et ne veut pas d'une borne. Il descend aussi en intensité là où les deux autres ne savent que subir.

Quant au chargeur à embouts, il transforme une prise industrielle en borne, ce qui n'a de valeur que là où aucun point de charge n'existe. Une CEE 32 A traîne dans beaucoup de garages, de hangars et de granges. C'est le seul des trois à savoir s'en servir.

Qui prend quoi

Le conducteur qui rentre chaque soir dans son garage et roule 40 km par jour n'a pas besoin de la troisième famille. Il lui faut une prise renforcée posée par un électricien qualifié sur un circuit dédié, et le cordon compatible qui va avec. Trois kilowatts pendant une nuit couvrent largement 40 km, et la dépense s'arrête là.

Sans point fixe, en revanche, tout change : parking d'immeuble sans borne, résidence secondaire, allers-retours chez des proches. Là, un chargeur réglable laissé sur 10 A fait le travail, monté à 16 uniquement à la maison, sur la prise dont on connaît le circuit. C'est un appareil de repli, réglé comme tel, et il rend la panne sèche improbable sans jamais devenir la solution principale.

Autre profil : ceux qui vivent en déplacement, artisans, techniciens, exploitants, saisonniers, et qui croisent des prises industrielles là où ils travaillent. Le chargeur à embouts leur fait cesser de chercher des bornes. C'est le seul cas où la dépense de mille euros se rembourse en usage plutôt qu'en tranquillité, et le seul où l'appareil remplace vraiment une installation fixe.

Reste enfin le cas que les vendeurs ne posent jamais : le conducteur qui recharge tous les jours sur une prise ordinaire avec un boîtier réglé au maximum. Celui-là n'a pas besoin d'un meilleur chargeur nomade. Il a besoin d'arrêter, et de faire venir quelqu'un regarder son tableau.